La viande artificielle, aliment du futur ?

Supli : la viande artificelle, aliment du futur ?

Viande de demain pour les uns, disparition du monde paysan ou gadget foodtech pour les autres, la viande de laboratoire divise. Dans un contexte environnemental perturbé et face aux images d’actes de cruauté commis dans les abattoirs qui se multiplient sur nos écrans, la viande cultivée se présente comme l’avenir de l’agro-alimentaire. Le secteur fait d’ailleurs l’objet d’investissements massifs de la part de géants de l’industrie alimentaire et de personnalités médiatiques. Pourtant, ses potentiels atouts sont toujours contestés.

La culture de la « viande propre »

Manger de la viande sans abattre un animal n’appartient plus au domaine de la science-fiction ! Depuis quelques années, nous sommes en mesure d’élaborer en laboratoire une viande à partir de cellules ou de sérum d’animal vivant grâce à des techniques d’ingénierie tissulaire. Le procédé consiste à prélever des cellules souches de muscle par biopsie sur un animal vivant sous anesthésie locale. Puis à les faire croître en bioréacteurs, des incubateurs stériles et sûrs, remplis de substances nutritives (hormones, facteurs de croissance, sérum fœtal de veau). Au bout de 4 à 6 semaines, on obtient des fibres musculaires. Ce sont ces fibres qui permettent de produire la viande synthétique.

Les premières tentatives de production de chair animale datent des années 90. Mais le premier steak de synthèse, issu des laboratoires de la start-up néerlandaise Mosa Meat, n’a été présenté qu’en 2013. Depuis, la viande synthétique a le vent en poupe. Une trentaine de start-up principalement américaines, financées par le secteur privé, savent désormais fabriquer steaks hachés, nuggets, saucisses, boulettes et même filets de poisson in vitro.

Le 2 décembre 2020, les autorités sanitaires de Singapour ont autorisé la vente de nuggets de poulet produits en laboratoire par la start-up californienne Eat Just. Une première mondiale.

La viande de synthèse : la solution aux maux du 21e siècle

Émissions de CO2, épuisement des sols et des ressources, effondrement de la biodiversité, maltraitance animale… l’élevage intensif est souvent présenté comme l’une des causes principales des problèmes environnementaux du 21e siècle selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Cultiver des cellules musculaires pour produire de la viande in vitro apparaît donc comme une solution séduisante en de nombreux points :

  • réduire l’impact environnemental de l’élevage ;
  • libérer des terres cultivables ;
  • diminuer le nombre d’animaux d’élevage abattus ;
  • réduire le risque de maladies infectieuses transmises de l’animal à l’être humain ;
  • répondre à la demande croissante de viande.

Quelles sont les limites de la viande artificielle ?

Mais à ce jour, il est encore impossible d’acheter son steak de viande artificielle dans son supermarché. La production connaît encore des limites technologiques, éthiques et économiques :

  • à très long terme, le CO2 nécessaire à la fabrication de « viande sans viande » a en effet une durée de vie bien plus longue que le méthane émis par les animaux dans l’atmosphère ;
  • l’aliment présenterait des risques potentiels pour la santé du fait de l’usage d’hormones de croissance, d’antibiotiques, de fongicides et des produits plastiques qui pourraient être utilisés pour la fabrication de la viande en culture ;
  • la viande de laboratoire ne pourra constituer une alternative à la viande traditionnelle qu’en devenant un produit concurrentiel à bas prix. Pour y parvenir, les laboratoires devront alors sélectionner les techniques de production les moins onéreuses : les impacts sur la santé et l’environnement seront-ils encore pris en compte à une échelle de production massive ?
  • Enfin, si une seule vache suffit à fournir des cellules capables de nourrir de nombreux humains, les animaux destinés à l’alimentation qui ne sont pas adaptés à la vie sauvage pourraient bien disparaître de notre environnement.

Ainsi, pour se nourrir de façon durable et responsable, ne vaudrait-il pas mieux avant tout revenir à un élevage paysan plus humain, réduire le gaspillage alimentaire et revoir notre manière de consommer (moins mais mieux) ? Des leviers complémentaires, actionnables à plus court terme que l’agriculture cellulaire. D’une part, parce que la demande en viande de synthèse est incertaine. La viande artificielle n’est pas encore socialement acceptée. Son mode de production en laboratoire va à contresens des courants de consommation actuels basés sur des produits naturels. Et d’autre part, parce que le flou plane encore sur l’accès de la viande in vitro au marché européen. À ce jour, elle ne correspond pas à la définition de viande dans le règlement d’étiquetage européen INCO. Considérée comme un nouvel aliment, la viande synthétique et son procédé de fabrication devront prouver leur innocuité .


La viande artificielle fait beaucoup parler d’elle dans les médias. Elle représente une véritable révolution technologique. Mais prudence et réserve restent de mise. Sa production demeure anecdotique et la vraie viande n’a pas encore été détrônée par le « Frankensteak ». Producteurs et fournisseurs de viande issue de l’animal ont encore de beaux jours devant eux. Retrouvez-les sur la plate-forme de mise en relation entre fournisseurs et acheteurs RHD, Supli !

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